Ca y est, il faut quitter, à grands regrets le confort quatre étoiles de chez Peter et Monique dans cette superbe ville touristique de Noirmoutier, pour repartir dans le paysage rural vendéen. Nous avons donc quitté l’Île de Noiremoutier avec beaucoup de regrets, de nostalgie, mais aussi beaucoup de reconnaissance pour tout ce que l’on a reçu. Nous avons aussi laissé une promesse : Nous reviendrons !. Quelques heures de minibus entrecoupées par un délicieux déjeuner moules-frites dans le marais de Challans, et nous voici arrivés en fin d’après-midi à Mouchamps, village sympathique et pittoresque où la communauté protestante est bien implantée. Il faut dire que le temple de ce village est grand ! Nous avons été accueillis par Matthieu, le pasteur de cette agglomération et des villages environnants. Nous avons ensuite déposé nos affaires au camping municipal, « le petit lay » camping confortable avec une piscine que nous n’avons pas encore eu le loisir de tester. Dormir sous tente, c’est bon pour le corps. Y’a pas à dire, ça change du confort de Noirmoutier, c’est l’aventure, et ce n’est pas pour nous déplaire.
jeudi 11 août 2011
mercredi 10 août 2011
La foire aux questions (J+9, soir)
Voici quelques questions piochées au hasard, ici destinées aux étudiants :
- Rencontrez-vous dans vos formations, des personnes de toutes les religions ?
- Quelle est votre motivation et conviction pour devenir pasteur ?
- Quels chemins faut-il privilégier pour progresser en œcuménisme ?
Et là, destinées aux participants et paroissiens divers :
- Attendez-vous de l’Eglise qu’elle vous bouscule et dans quelle mesure ?
- D’après-vous, comment s’annonce l’Eglise de demain ?
- Quelle est votre attente du ministre du culte ?
Ceux qui ont répondu ont dit qu’ils espéraient trouver dans l’Eglise du futur une charité, une espérance, une cohésion, qui ne paraît pas forcément aujourd’hui. Il est ressorti que chacun avait espoir de vivre en communauté, dans la fraternité.
Chacun a pu s’exprimer, semble-t-il, assez librement, sur des sujets qui ne fâchent pas trop mais quand même, qui mènent à débattre et à partager. L’heure et demi de débat est passée très rapidement.
Nous avons dû ensuite ranger ce lieu où nous avons passé une bonne partie de notre séjour à Noirmoutier, face au Château (de la princesse et du prince qui laissent la lumière allumée). Un petit pincement au cœur de remarquer que nous nous attachons à ces villes, ces lieux et aux gens que nous avons découvert. Il était temps de s’en aller. Merci Noirmoutier, merci Peter et Monique, merci la "bande de prêtres" !
Sur le sable, les fondations...
Souvent, je me plais à citer, (après tout c’est tiré de la Bible) un de ces nombreux cantiques sur ce thème à destination des enfants. Racontant une histoire biblique bien connue, cette chanson est la suivante « Si tu veux construite une maison, ne bâtis pas sur le sable. Même si tu l’as finie, et qu’elle semble très jolie, un jour tu devras recommencer. Il faut beaucoup mieux choisir un rocher, faire des fondations solides et sûres, et quand l’orage viendra, tu garderas la paix de Dieu ». Pourtant, c’est sur le sable que nous avons commencé cette journée. En cette période de vacances, sur l’île de Noirmoutier au bord de l’océan, le cadre s’y prêtait. Un temps de prière œcuménique, avec nos frères et sœurs catholiques était organisé, comme chaque semaine pendant les vacances d’été. Cette fois-ci, c’était à nous de l’animer. Ceci a été fait de façon remarquable par Eloïse et avec clarté, clairvoyance, conviction et foi. Il y avait pas mal de participants (une vingtaine), en communion fraternelle chantant et priant avec ferveur, puis un temps de méditation sur un passage de l’Epître de Jacques 2, 16-26 : un passage original et peu prêché pour nous, protestants, mais l’Evangile est aussi dans ce passage qui parle de mise en pratique de notre foi par l’action. Nous savons que l’agir dans la foi demeure essentiel dans notre vie, c’est une manière d’annoncer le Royaume de Dieu. Pendant ce temps de partage, nous avons eu aussi l’occasion d’échanger avec des catholiques qui fréquentent des groupes œcuméniques, de chanter des chants de Taizé et d’autres cantiques méditatifs… Bref, c’était une belle et forte expérience pour nous, la journée fut bien entamée !
Après cela, nous avons passé un petit peu de temps chez des paroissiens résidant à deux pas de la plage. Nous avons eu l’occasion de partager quelques victuailles et conversations mais aussi de contempler le magnifique endroit au milieu des bois où ils se trouvent. Une petite promenade sur la plage et nous partons comme prévus pour l’Eglise évangélique « Couleurs de Vie » de Chaillans où un savoureux barbecue préparé par nos hôtes nous attendait. La rencontre avec cette Eglise était pour nous l’occasion de nous poser la question suivante : nous, étudiants, dont certains se destinent au ministère pastoral, nous constatons qu’en ce début du 21éme siècle, nos Eglises historiques se vident. A l’inverse, beaucoup d’Eglises évangéliques se remplissent et se créent. Comment donc les imiter ? Il était donc important pour nous de découvrir l’expérience d’une implantation d’Eglise. Le pasteur, Marc F. nous a donc présenté par diapositives, l’histoire de cette Eglise : comment celle-ci à débutée, avec qui, pourquoi dans un tel lieu… Il faut connaître quelques éléments, à mon avis importants dans tout ce qui a été échangé (il y en a eu beaucoup !). Cette Eglise a une histoire, elle est soutenue par des protestants suisses qui ont assuré les fonds et la formation des pasteurs de cette Eglise. Le côté de la formation est important, ce qui n’est pas à négliger, car, dans le milieu évangélique, beaucoup de personnes « s’auto-proclament » pasteur, et cela est dérangeant. La deuxième chose à retenir, c’est que les objectifs sont pensés de manière stratégique : l’évangélisation se fait en lien avec la communauté. C’est en s’engageant dans la cité, avec le soutien scolaire, auprès des jeunes, que les membres de cette Eglise ont pu évangéliser. Leur stratégie d’évangélisation est tirée d’un modèle anglais, la politique des « trois P » : Présence et Prière / Proclamation et Prière / Persuasion et Prière. C’est donc en étant présent auprès des personnes que l’on peut mieux les comprendre et les accueillir. Une fois la présence effectuée, on peut annoncer la Bonne Nouvelle, puis convaincre que Celle-ci peut agir dans nos vies. Et tout cela doit être fait dans la prière, car tout ceci est entre les mains des artisans, mais en premier lieu placé entre les mains du Seigneur. Le troisième point important à retenir est la collaboration fructueuse avec les autres Eglises protestantes voisines, étant donné qu’ils font partie d’une entente commune, l’Entente évangélique de Vendée qui organise régulièrement des pastorales ensemble. C’est un point à ne pas négliger, car quand on connaît la difficulté que rencontrent les Eglises à collaborer entre elles, on peut être content et fier que le dialogue entre ces différentes Eglise se fasse dans l’harmonie et l’unité du Christ. Harmonie et unité, des termes fors qui en appelle un autre, celui de l’humilité. Humilité car le pasteur nous a longuement parlé de ces limites, des conflits qui ont traversés l’Eglise mais qui aussi l’on rendue plus forte. Le pasteur s’est également confié personnellement à nous sur sa manière de vivre son ministère, ses joies et ses peines. Nous avons trouvé touchant que cette humilité qui fut dévoilée devant nous, ceci est un signe de confiance et de désir d’exposer ce qui est ressenti pour pouvoir se soutenir.
Pour revenir à mon allusion de début d’article, je dirais que les fondations de cette Eglise sont parties, au départ sur le sable : mais que la construction à peu à peu pris forme sur le roc. Les vraies valeurs pour le bonheur ne sont pas là où ont les voies, mais c’est le Seigneur qui vient souffler au fond du cœur les bonnes idées. Utilisons ces valeurs, et bâtissons autour de nous à notre façon ! Les rencontres, nous le voyons, fédèrent de bonnes idées et cela peut donner un certain dynamisme pour aller de l’avant. Car, comme le dit si bien Paul Ricœur – il fallait citer Ricœur, ceux qui étudient ou qui ont étudié à la faculté de théologie de Paris comprendront – dans son ouvrage Histoire et Vérité : « Lorsque la rencontre est une confrontation d’impulsions créatrices, une confrontation d’élans, elle est elle- même créatrice. »
Après cela, nous avons passé un petit peu de temps chez des paroissiens résidant à deux pas de la plage. Nous avons eu l’occasion de partager quelques victuailles et conversations mais aussi de contempler le magnifique endroit au milieu des bois où ils se trouvent. Une petite promenade sur la plage et nous partons comme prévus pour l’Eglise évangélique « Couleurs de Vie » de Chaillans où un savoureux barbecue préparé par nos hôtes nous attendait. La rencontre avec cette Eglise était pour nous l’occasion de nous poser la question suivante : nous, étudiants, dont certains se destinent au ministère pastoral, nous constatons qu’en ce début du 21éme siècle, nos Eglises historiques se vident. A l’inverse, beaucoup d’Eglises évangéliques se remplissent et se créent. Comment donc les imiter ? Il était donc important pour nous de découvrir l’expérience d’une implantation d’Eglise. Le pasteur, Marc F. nous a donc présenté par diapositives, l’histoire de cette Eglise : comment celle-ci à débutée, avec qui, pourquoi dans un tel lieu… Il faut connaître quelques éléments, à mon avis importants dans tout ce qui a été échangé (il y en a eu beaucoup !). Cette Eglise a une histoire, elle est soutenue par des protestants suisses qui ont assuré les fonds et la formation des pasteurs de cette Eglise. Le côté de la formation est important, ce qui n’est pas à négliger, car, dans le milieu évangélique, beaucoup de personnes « s’auto-proclament » pasteur, et cela est dérangeant. La deuxième chose à retenir, c’est que les objectifs sont pensés de manière stratégique : l’évangélisation se fait en lien avec la communauté. C’est en s’engageant dans la cité, avec le soutien scolaire, auprès des jeunes, que les membres de cette Eglise ont pu évangéliser. Leur stratégie d’évangélisation est tirée d’un modèle anglais, la politique des « trois P » : Présence et Prière / Proclamation et Prière / Persuasion et Prière. C’est donc en étant présent auprès des personnes que l’on peut mieux les comprendre et les accueillir. Une fois la présence effectuée, on peut annoncer la Bonne Nouvelle, puis convaincre que Celle-ci peut agir dans nos vies. Et tout cela doit être fait dans la prière, car tout ceci est entre les mains des artisans, mais en premier lieu placé entre les mains du Seigneur. Le troisième point important à retenir est la collaboration fructueuse avec les autres Eglises protestantes voisines, étant donné qu’ils font partie d’une entente commune, l’Entente évangélique de Vendée qui organise régulièrement des pastorales ensemble. C’est un point à ne pas négliger, car quand on connaît la difficulté que rencontrent les Eglises à collaborer entre elles, on peut être content et fier que le dialogue entre ces différentes Eglise se fasse dans l’harmonie et l’unité du Christ. Harmonie et unité, des termes fors qui en appelle un autre, celui de l’humilité. Humilité car le pasteur nous a longuement parlé de ces limites, des conflits qui ont traversés l’Eglise mais qui aussi l’on rendue plus forte. Le pasteur s’est également confié personnellement à nous sur sa manière de vivre son ministère, ses joies et ses peines. Nous avons trouvé touchant que cette humilité qui fut dévoilée devant nous, ceci est un signe de confiance et de désir d’exposer ce qui est ressenti pour pouvoir se soutenir.
Pour revenir à mon allusion de début d’article, je dirais que les fondations de cette Eglise sont parties, au départ sur le sable : mais que la construction à peu à peu pris forme sur le roc. Les vraies valeurs pour le bonheur ne sont pas là où ont les voies, mais c’est le Seigneur qui vient souffler au fond du cœur les bonnes idées. Utilisons ces valeurs, et bâtissons autour de nous à notre façon ! Les rencontres, nous le voyons, fédèrent de bonnes idées et cela peut donner un certain dynamisme pour aller de l’avant. Car, comme le dit si bien Paul Ricœur – il fallait citer Ricœur, ceux qui étudient ou qui ont étudié à la faculté de théologie de Paris comprendront – dans son ouvrage Histoire et Vérité : « Lorsque la rencontre est une confrontation d’impulsions créatrices, une confrontation d’élans, elle est elle- même créatrice. »
lundi 8 août 2011
De la puissance qui prend chair dans la faiblesse…
Dimanche matin nous avons donc vécu, de notre point de vue, une expérience de culte raté. C’était quand même un peu grave pour nous, dans le cadre de notre responsabilité d’annonce de la bonne nouvelle et nous avons accusé le coup. Oser bouleverser une tradition en vue de proposer un meilleur « produit » culte et faire pire qu’à l’ordinaire, c’est tout simplement un contre témoignage, de notre point de vue.
Maintenant, deux choses demeurent : le rire et l’enseignement que l’on peut tirer de tout cela. Moi, qui écris ces lignes au nom de l’équipe ERF on Tour, j’en ris chaudement… avec la distance : « C’est le meilleur culte raté de toute ma vie ! Une première, pas à la portée de tous. ». Mais, petit lecteur, le plus beau réside bien sûr, au-delà de la grâce de pouvoir rire d’un échec, dans ce qu’il nous apprend. C’est ça l’Eglise que j’aime, l’Eglise qui ose expérimenter, qui ose se planter parce qu’elle a envie de se bouger le cul. Le suicide spirituel et institutionnel consisterait, selon moi, à ne jamais changer, non pas pour de bonnes raisons mais par peur d’autres choses, par horreur de la nouveauté.
L’enseignement à en tirer donc : un bon culte différent, ce n’est pas forcément un culte sans ordre liturgique « classique ». L’originalité, le besoin de dire l’Evangile avec des mots d’aujourd’hui, avec la simplicité qui nous manque parfois, sans intellectualisme oppressant ni élitiste, dans le langage de notre génération, peut bien s’exprimer dans la structure préétablie de l’institution. Et, par rapport à notre expérience, cela nous apparaît même comme une voie de prédilection. Cela aurait été une démarche intelligente que de s’adapter premièrement, en mettant entre l’accueil et la bénédiction tout ce qui y entre communément et de décaler, dans un second temps, par le contenu, l’intonation, le choix des chants, l’énergie que l’on souhaite mettre et tout cela sans trop sur-jouer et forcer le trait. Voilà donc comment la puissance de Dieu peut s’exprimer au creux de notre faiblesse, cf Paul qui sait de quoi il parle (2 Corinthiens 12,6-9).
Et cette puissance de Dieu s’est révélée, dans un second temps, et toujours selon nous, dans le « culte témoignage » de ce soir. Oui, on aurait tendance à l’oublier, mais ce billet porte bien sur la journée de lundi. Petite assistance pour ce culte, également pas ordinaire, centré sur le témoignage et prenant place au cœur de l’exposition « à visage découvert » (clique). Et voilà que nous avons tenu le pari de faire un culte avec une liturgie plutôt classique et sans prédication (Oh my God !). Car ce soir là, c’est l’assemblée qui a prêché. Dans un moment « animé », tous se sont vu offrir la possibilité de prendre la parole sur ce qui leur paraissait essentiel dans leur foi. Ils y étaient fortement encouragés et habilement conduits mais sans pression et donc sans malaise. Et bien, les amis, quand nos témoins de l’ERF et d’ailleurs (oui on avait un curé aussi) s’expriment, c’est une implosion de grâce ! Réticente à témoigner notre communauté réformée ? Certes, mais arrangez-vous pour la mettre derrière le micro et vous serez bien surpris du résultat. Qui l’eût cru ? Nous ! Et un peu plus ce soir que ce matin.
dimanche 7 août 2011
De futilités illusoires mais aussi de fraternité (J+7)
« Maman, c’est quoi cette expo ? » « Et ben tu vois, nous on est catholiques et eux, ben… ils sont protestants. Et voilà. » Sur ce, la dame pousse son fiston dehors et ils mettent les bouts. Nous tenons donc à la salle Saint-Philbert l’exposition « Ecoute, Dieu nous parle… ». Les visiteurs ne se bousculent pas au portillon, mais c’est très agréable de rencontrer les gens sans être pressés par le temps, et aussi d’avoir du temps pour souffler un peu. Nous sommes donc de permanence à l’exposition.
Alors on ne va pas faire dans la dentelle. On vous suggère, à partir de notre expérience, cinq manières efficaces de rater un culte. Première chose : décider, la bouche en cœur, d’innover. Parce que bon, des fois, on veut bousculer, hein, pour ne pas toujours lire les textes de la même façon, n’est-ce pas. Deuxième chose : décider que la liturgie, c’est une bonne chose, mais pas tout le temps, et revenir au principe précédent, on veut bousculer, quoi, zut. Troisième chose : centrer le culte sur un thème commun qu’on va décliner à plusieurs voix et, plutôt que de se partager le déroulement du culte comme on fait d’habitude, décider qu’on va chacun travailler un texte différent dont le seul point commun est le thème ; dans le cas qui nous préoccupe, le péché. Quatrième chose : ne pas tellement évoquer ce que ça signifie pour chacun, le péché. Cinquième chose : bricoler un cadre liturgique déstructuré qui, certes, aurait été du plus bel effet sur une robe de grand couturier.
C’est Peter qui nous a fait remarquer, pendant le déjeuner arrosé de fleurs, à cause du vent qui agitait les branches au-dessus de nos têtes, que les membres de l’équipe se distinguent par leur engagement dans l’Eglise. A vrai dire, on n’y avait pas forcément prêté attention avant, mais c’est vrai. Ce n’est sans doute pas un hasard si ceux qui sont partis finalement pour cette aventure estivale ont tous, déjà, une expérience de ce que c’est que l’Eglise.
De fait, faire un culte, ce n’était une première pour aucun d’entre nous. Par contre, travailler à quatre voix, ou huit mains, c’était la première fois. En toute discrétion protestante peut-être, nous n’avons pas parlé ici des subtilités théologiques qui nous différencient. Nous venons d’horizons, de sensibilités différentes, nous ne parlons pas toujours des mêmes choses avec les mêmes mots et si nous pouvons partager la parole et le temps, nous ne partageons pas nécessairement toujours les mêmes idées. Or faire un culte, c’est mettre à l’épreuve de la parole ce qu’on pense profondément de Dieu, du lien entre les humains et Dieu, de la prière et de l’écoute partagée. On aborde tous un texte différemment. On y voit tous une bonne nouvelle, mais rarement la même. Ca ne va pas de soi.
Alors on ne va pas faire dans la dentelle. On vous suggère, à partir de notre expérience, cinq manières efficaces de rater un culte. Première chose : décider, la bouche en cœur, d’innover. Parce que bon, des fois, on veut bousculer, hein, pour ne pas toujours lire les textes de la même façon, n’est-ce pas. Deuxième chose : décider que la liturgie, c’est une bonne chose, mais pas tout le temps, et revenir au principe précédent, on veut bousculer, quoi, zut. Troisième chose : centrer le culte sur un thème commun qu’on va décliner à plusieurs voix et, plutôt que de se partager le déroulement du culte comme on fait d’habitude, décider qu’on va chacun travailler un texte différent dont le seul point commun est le thème ; dans le cas qui nous préoccupe, le péché. Quatrième chose : ne pas tellement évoquer ce que ça signifie pour chacun, le péché. Cinquième chose : bricoler un cadre liturgique déstructuré qui, certes, aurait été du plus bel effet sur une robe de grand couturier.
On a raté un culte, voilà. Et c’était super. A la fin de la journée, ça nous est tombé dessus : à force de vouloir faire autrement, on a complètement oublié le sens de ce qu’on fait d’habitude. On a cru que de nos chouettes principes discutés sur un coin de table à griffonner la nappe et dont on était plutôt fiers il allait sortir quelque chose de pas ordinaire. En effet. Mais pas dans le bon sens… L’effet donc, pour nous, de ce « mauvais » culte, c’est de nous remettre la tête à l’endroit : c’est une leçon d’humilité. La suffisance, ça ne fonctionne pas ! A trop vouloir croire en nous, on avait oublié que ce n’est pas en nous qu’il importe de croire.
Pour la quarantaine de personnes présentes au culte ce dimanche matin, il y a probablement eu des moments d’inconfort comme celui que nous ressentions à le conduire, ton sinistre et bafouillage à la clé ; mais aussi, comme dans tout culte, des instants de grâce. Il serait aussi idiot de se vanter des derniers que de s’accabler des premiers. Comme qui dirait, « ceux qui s’attachent à des futilités illusoires éloignent d’eux la fidélité ».
Phrase du jour : « Benji, Benji, tu peux relire ma dernière phrase ? » « Je kiffe pas. En même temps, on n’est pas obligé de tout comprendre. »
Sinon, on a rencontré une « bande de prêtres », parce que le prêtre de Noirmoutier, en été, il reçoit le renfort de quatre de ses collègues et ça n’a pas l’air d’être une sinécure. Notre hôte a bondi de sa chaise au milieu du dessert pour aller ouvrir l’église Saint-Philbert aux musiciens qui venaient y faire un concert, nous laissant à deviser joyeusement devant une infusion. Pendant que Benji discutait d’ecclésiologie avec un jeune prêtre venu du Sénégal pour l’été, Samuel adoptait un concombre et lorgnait sur son couteau suisse pour le découper subrepticement en rondelles, et les autres discutaient du texte du jour, de pourquoi le concept de paroisse est important dans le catholicisme et de pourquoi nos Eglises respectives se vident. En toute cordialité et sans langue de bois, au milieu des vannes inter-collègues, on a pu partager le pain et la parole. Nous pensions au culte « témoignage » de demain en nous disant que c’était là un vrai témoignage, justement.
Un grand moment d’œcuménisme ? Un grand moment de fraternité en tout cas. Comme souvent depuis le début de ce voyage, nous avons apprécié la saine curiosité face à notre expérience d’Eglise, l’histoire du protestantisme, les valeurs théologiques qui la sous-tendent, et nous avons pu poser des questions et échanger des idées. Ca ne change peut-être pas le monde, mais ça rend joyeux et ça nous donne à réfléchir. Merci, messieurs.
Petite grenouille cherche bénitier - J+6
Samedi 6 août – J+6
Parfois, ça coincerait presque. Quand on essaie de faire passer un camion gros comme ça dans une ruelle large comme ça, forcément, on risque de rester coincé. On n’est pas restés coincés et c’est tant mieux, parce qu’il pleuvait vraiment très fort, qu’on était tout mouillés et passablement fatigués et que Germaine, la petite grenouille, était bien soucieuse d’arriver.
Germaine a fait irruption vendredi soir au milieu du temple de Foussais-Payré. Elle s’est glissée de sous un banc où elle créchait depuis un moment et elle s’est mise à sauter tout doucement sur les dalles où la grande main secourable de Benji l’a attrapée. Le film, il était très bien mais il n’était pas pour les petites grenouilles. D’ailleurs Samuel avait quitté le temple depuis un moment déjà pour aller fermer l’œil dans le camion, dans son petit sac de couchage. En fait de fermer un œil, ce n’était pas très réussi, il se racontait des histoires quand Benji est allé le voir, du coup il lui a montré la petite grenouille (« oh, elle a des petits yeux tout mignons ! »). Mais c’était une petite grenouille de conte de fées. Elle ne s’était transformée en vraie grenouille que le temps d’un instant, car dans sa véritable personnalité, c’est une grenouille en cire, fabriquée par Bertrand, notre voisin de Foussais qui fait du miel et du pain d’épice et des bougies, donc. Depuis cet épisode palpitant, nous couvons Germaine comme la prunelle de nos yeux. Elle en a perdu un, d’ailleurs, un œil, par accident, mais elle est encore très jolie.
Enfin bref, tout ça c’est très intéressant, mais ce n’est qu’un aparté. De notre côté, nous voici arrivés à Noirmoutier-en-l’Ile. Nous avons été secourus dans le dédale des petites rues puis accueillis les bras grands ouverts par Peter et Monique dans leur maison blanche à volets bleus. Ils ont pensé à tout pour nous rendre la vie douce. Ca nous a aidé à nous remettre de nos émotions, une fois le camion vidé. Benjamin et Eloïse sont ensuite partis installer l’exposition « Ecoute, Dieu nous parle » à la salle Saint-Philbert, juste à côté de l’église du même nom, pendant que les autres fignolaient la préparation de la conférence du soir et du culte dominical.
Etrange expérience, d’être de l’autre côté du micro. D’habitude, ce sont les étudiants qui écoutent les conférences. Là, se risquer à livrer cette parole-là (nous avions choisi le thème « Dieu est-il gratuit ? »), c’est se risquer à toute parole, c’est-à-dire se mettre en danger. C’est aussi marcher sur des œufs, ne sachant pas forcément qui est dans l’auditoire, craignant de bousculer des certitudes et des attitudes de foi, importantes pour chacun. C’est exigeant, la théologie : si ça ne remet pas en question ce qu’on croit savoir sur Dieu, est-ce que c’est bien utile ? Alors on fait comme on peut. On a bricolé notre propre solution pour partager à la fois notre joie perplexe devant les sujets théologiques et une parole exigeante (celle de Paul créant sa théologie à partir de la confession de foi de son Eglise à Antioche dans les années 30-40 et de sa propre conversion). Pascale se collait à la conférence sérieuse, Eloïse et Benjamin mettaient en perspective ce qui était dit dans un dialogue permettant de prendre de la distance avec le sérieux du propos tout en l’éclairant pour le faire comprendre. A en croire le sourire amusé de nos dignes visiteurs, ce choix était le bon.
Alors voilà, on est à Noirmoutier. Demain matin, nous ferons le culte à quatre voix, sur le thème du péché. Toute une aventure… et après, on ira voir la mer…
PS. On est invités à dîner demain soir chez le prêtre de Noirmoutier. Que recommandent nos manuels de bonne éducation en fait de présent ? une bouteille de Ricœur ?
samedi 6 août 2011
Ce n'est qu'un au-revoir... J+5
J+5 – Foussais-Payré, ce n’est qu’un au revoir !
Vendredi matin, nous avons eu droit à une demi-grasse-matinée, parce que ce jour-là nous avons eu l’impression que notre journée, au moins jusqu’à 19 heures, allait être plutôt tranquille.
Pourtant, à 10 heures déjà, des débats théologiques sur le thème du culte de Dimanche à Noirmoutier (surnommé par nous-mêmes, noirmoumoute-ville) fusaient dans le jardin du temple de Foussais-Payré, entre pluie et ensoleillement. De quoi être tout tourneboulés par les interprétations de chacun et avoir envie de repousser le repas de midi pour continuer à réfléchir.
Nous avons pu apprécier au sein de tous les instants, la façade du temple, édifié en 1843, son fronton, son porche, ses colonnades, mais aussi l’intérieur de ce bâtiment, aux dimensions permettant d’accueillir 120 personnes. Joie aussi, pour tous, de profiter de l’accueillant jardin, et des bâtiments adjacents au lieu cultuel, comme l’école et la petite maison où nous avons logés (l'ancienne maison de l'instituteur).
Le soir venu, nos amis Vendéens étant fort ponctuels, chacun étaient à l’heure pour un repas-apéritif-film au pop-corn. L’instant cinéma a commencé dans une totale attention des spectateurs, atteignant, pour la joie de tous, une petite vingtaine de paires d’yeux rivés sur l’écran ! Le film, Va, vis et deviens, a, semble-t-il touchés tous les cœurs et tous les Esprit, comme le témoigne le court, mais intéressant débat que nous avons eu à la suite du visionnage. Une petite confidence : L’histoire de Salomon n’aurait pas quitté l’esprit de Madeleine, qui nous a avoué avoir peu dormi à cause de toutes les images et découvertes que ce film avait provoquées chez elle. Touchante nouvelle !
C’est sur cette soirée Cinéma et Débat que notre séjour à Foussais-Payré s’achève. Chacun d’entre nous a trouvé dans ces lieux, une atmosphère de joie, de réflexion et de partage. Cette atmosphère n’est pas arrivée de nulle part : mais elle est le résultat des sourires et des attentions portées par nos hôtes. Nous les remercions sincèrement ici en citant quelques noms : Pierre, Madeleine, Catherine, Bertrand, Joëlle, les deux Michels, Daniel, Rojo et Clément. Notons aussi l'arrivée surprise et très appréciée de Rémi, notre collègue de Montpellier, pour une visite éclair. Merci à tous, et à bientôt !
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