mardi 17 juillet 2012

Zachée, non manquant


Première journée avec nos hôtes de l'équipe pastorale missionnaire dans l'Est...

L’équipe pastorale missionnaire, qu’est-ce que c’est ? Les pasteurs de l’EPM dépendent du Conseil régional, et non d’un Conseil presbytéral au sein d'une Église locale. Dans notre système ecclésial, les CP ont tendance à entretenir ce qui existe, c’est-à-dire les communautés locales telles qu’elles existent. C’est déjà une tâche compliquée... ça repose sur quelques-uns, souvent fatigués, souvent découragés, surtout en contexte de dissémination. Tenter une expérimentation comme celle de l’EPM, c’est tenter de redonner à l’Eglise dans son ensemble sa vocation missionnaire, c’est-à-dire la tourner résolument vers l’extérieur plutôt que sur l’intérieur, vers les étrangers à l’Eglise plutôt que vers ceux qui en font partie. La mission, c’est appeler ceux qui ne sont pas dedans à connaître l’Evangile. Cette façon de formuler les choses pose clairement le problème : l’Evangile, c’est quoi ?
Finalement, nous revenons toujours à cette question. Même dans les aspects les plus pratiques, concrets et immédiats de la mission de l’Eglise, elle ne peut être mise de côté, cette fameuse question. Dire simplement que l’Evangile, c’est l’annonce de l’amour de Dieu pour le monde en Jésus-Christ, est-ce que ça suffit, est-ce que c’est le cœur du problème ?
Aujourd’hui, nous avions l’occasion de nous reposer cette question en travaillant avec les deux pasteurs de l’EPM, Patrice et Eric, et le président du comité de pilotage de l’expérimentation, Freddy, pour une étude biblique à la mode EPM. Nous avons exploré ensemble le texte de Luc sur Zachée (Lc 19,1-10), avec une vraie liberté de penser et une écoute attentive les uns des autres. Nous nous sommes posé la question de savoir ce qui poussait Zachée à vouloir voir qui était Jésus. En fait, cela découle du passage qui précède immédiatement, où la guérison d’un aveugle rend Jésus fameux aux yeux du peuple. Qui est ce Jésus qui guérit les aveugles et annonce le salut ? Quelle question ! On se la pose toujours aujourd’hui, non ? Et le petit Zachée, petit par la stature, grand par la fortune, pécheur aux yeux du peuple puisqu’il est publicain (considéré par les Juifs comme étant à la solde des Romains et toujours soupçonné de gagner son argent sur le dos des gens du peuple en prélevant une commission au passage), veut voir. Il court en avant de la foule et monte sur un sycomore et regarde de tous ses yeux. Mais ce sont les yeux de Jésus qui se lèvent vers lui. C’est lui qui l’interpelle. Qui lui demande de descendre pour l’accueillir. Et le peuple de s’étonner : c’est chez ce pécheur, ce publicain, que va dîner le fameux Jésus ? Pendant ce temps, le dialogue s’engage entre Jésus et Zachée, qui proclame son bon comportement.
Sur ce point, nous avons achoppé sur l’établissement d’une hypothèse commune au groupe. Que signifie ce que dit Zachée ? Est-ce une promesse d’avenir, l’annonce de ce qu’il va faire depuis sa rencontre avec Jésus ? Ou est-ce une dernière tentative pour se justifier, pour dire que non, il n’est pas pécheur, et donc digne de recevoir Jésus ? En fait, le texte ne permet pas vraiment de trancher. Et pourtant du point de vue de l’annonce de l’Evangile, c’est primordial de trancher. D’un côté, on annonce que Zachée a vécu une conversion qui lui permet de changer de comportement. De l’autre, on estime que Zachée se trompe encore dans cette auto-justification et que c’est la dernière parole de Jésus qui porte l’Evangile : le salut est entré dans cette maison, non du fait d’un changement de comportement, mais du fait de la venue de Jésus lui-même, de la démarche qui lui reste souveraine d’être intervenu dans une vie humaine. « Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu »... même celui qui se croit justifié par lui-même, par sa propre loi. Du coup, tout humain est à sauver. Tout humain ne dépend que de l’intervention du Christ dans sa vie pour être sauver.
Bon. Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on a dit ? Est-ce qu’on a vraiment deux théologies différentes, deux visions différentes de la conversion, deux interprétations du salut, deux Evangiles pour dire les choses brusquement ? En protestantisme, le débat des interprétations est vital. Alors on peut dire que ce qu’il importe de faire, c’est de continuer à parler.
OK. Mais quand on est missionnaire, il faut bien prendre une décision, non ? Et sur le fond, c’est une décision proprement théologique. Voilà, on est au cœur du problème. Aujourd’hui, on s’est frotté à ce que ça signifie, de vouloir se lancer dans la mission.
L’après-midi, nous avons pu échanger sur les modalités pratiques de l’exercice de l’équipe sur Toul et Chaumont. Rappelons que c’est une expérimentation, soutenue au niveau régional et national, qui a vocation à être mieux connue pour permettre à l’Eglise dans son entier de mieux concevoir sa mission d’évangélisation. Pourtant, ça se veut modeste. On réfléchit localement, concrètement. On vous reparlera des Cultes Café Croissants, mais pour l’instant on peut déjà vous dire que les pasteurs de l’EPM conçoivent leur travail à plusieurs niveaux. Il faut d’abord encourager le témoignage personnel, pour oser partager sa foi : ce n’est que par là que ça peut se passer. Il faut ensuite « semer », c’est la place des CCC, parce que la conversion est un long cheminement et nécessité des partages humains. Il faut aussi approfondir la foi, par la pratique du parcours Alpha qui ouvre sur un engagement. Il faut ensuite approfondir ce parcours de foi, avec les rencontres de maisons. Enfin, ceux qui sont devenus « mûrs dans la foi » deviennent acteurs de la Bonne Nouvelle là où ils sont, dans leur vie. Tout cela se fait, pour les pasteurs de l’EPM, sans mettre l’accent sur le protestantisme, mais sur le désir de s’adresser à tous sans distinction, pour inviter à une relation vivante avec Dieu à travers Jésus-Christ.
Ca ne va pas sans l’humour nécessaire à une tâche aussi immense. Comme nous le rappelait Eric en fin de réunion, « l’urgent est fait, l’impossible est en cours, pour les miracles prévoir un délai »...
De notre côté, deux phrases du jour pour conclure cette importante journée.
« Il fait un peu chaud là, 18 degrés. »
« Je passe mon tour, je passe l’éponge. »

lundi 16 juillet 2012

Le retour du réveil mutant*

Vous savez comment c'est, quand on se retrouve après avoir été séparés pendant longtemps. On commence par retrouver les anciennes complicités, se rappeler les bons moments passés ensemble. C'est ce qui arrive en ce lundi, où l'équipe se retrouve enfin (sauf Nicolas qui arrivera très bientôt). Ces premiers moments sont des plus simples et des plus concrets. On décharge les voitures, on choisit nos lits, on fait les courses, on partage les premiers repas, les premières dernières nouvelles de chacun. Il s'échange beaucoup de rires. On a prévu pour ce soir les saucisses pour le barbecue (faire du feu n'est pas une mauvaise idée par les temps qui courent au rythme des nuages), la verveine et les speculoos. Si vous comprenez cette dernière référence, c'est que vous partagez nos complicités depuis l'an dernier ! 

Un champ d'orge à Saint Baussant
Nous pensons, en ce premier jour, à ceux qui nous ont accueillis l'an dernier en Vendée : les quatre pasteurs (Michel, Michel, Matthieu et James), les membres des différentes communautés et nos voisins temporaires (Bertrand, Joëlle et tous les amis de Foussais), ceux qui ont exercé leur belle hospitalité envers nous (avec une pensée toute particulière pour Peter et Monique à Noirmoutier), les gens formidables rencontrés le long du chemin (la belle "bande de prêtres" de Noirmoutier et les membres de la communauté protestante, les pasteurs de l'Eglise évangélique...), et tous ceux dont nous ne connaissons pas le nom mais avec qui nous avons partagé du temps et des conversations. Sans eux, il n'y aurait pas de deuxième édition d'ERFoT. Sans la confiance glanée en marchant en leur compagnie, on n'aurait pas eu envie de recommencer. 
Recommencer, donc : reprendre la route, rencontrer d'autres personnes. Demain, nous passerons la journée en compagnie des pasteurs de l'Equipe pastorale missionnaire (EPM) pour une étude biblique puis un partage avec le comité de pilotage. C'est pour nous un temps de découverte : qu'est-ce qui se fait ici, comment, pourquoi, à partir de quels présupposés théologiques et humains ? Mais aussi un temps de partage sur nos expériences passées et nos expériences espérées à venir.
Un coucou pour finir ce premier billet de blog de l'aventure ERF on Tour 2012, à Simon, notre équipier de l'an dernier, qui n'est pas là cette année, mais on pense à lui !

* Le réveil mutant, c'est celui de Benji. Il est capable de sonner dix fois de suite avec une mélodie très bizarre. Une partie de l'équipe en gardait la mémoire à l'oreille depuis Foussais. Du coup, ça nous a rappelé la jolie pluie vendéenne et la course pour rentrer les tables et chaises à la fin d'un apéro arrosé par le ciel... 

Phrase du jour : "Je n'ai jamais mangé de merguez locales."

dimanche 15 juillet 2012

En mission

En ce dimanche, les textes du jour pour la prédication résonnent tout particulièrement pour l'équipe d'ERFoT... Dans le livre du prophète Amos, au chapitre 7, les versets 12 à 15 d'abord (traduction français courant) : "Amassia dit alors à Amos: "Visionnaire, décampe d'ici et rentre au pays de Juda. Là-bas du pourras gagner ton pain en faisant le prophète. Mais cesse de jouer au prophète ici, à Béthel, car c'est un sanctuaire royal, un temple officiel." Amos répondit à Amassia: "Je ne suis ni prophète de métier ni membre d'une confrérie prophétique. Je gagne habituellement ma vie en élevant du bétail et en incisant les fruits du sycomore. Seulement le Seigneur m'a pris derrière mon troupeau, et il m'a dit d'aller parler de sa part à Israël, son peuple.""
Comme souvent, le vrai prophète est tout sauf auto-proclamé. Eleveur et inciseur de fruits du sycomore... comme nous sommes étudiants et inciseurs de textes et de pratiques, ou engagés dans une vie active à inciser autrement des fruits du sycomore... nous voilà appelés à aller témoigner. Bien sûr qu'on l'a voulu, qu'on a organisé les choses au mieux de nos possibilités et que nous partons rejoindre une équipe qui nous attend. Mais au fond... on ne sait pas non plus exactement ce qu'on a à annoncer ! Parler au peuple, comment on fait ça ? Nous ne partons pas dans une institution, nous partons rencontrer des gens. Nous ne cherchons pas à perpétuer un temple officiel, mais à laisser l'aventure se vivre à travers nous. Pas simple...
L'autre texte concerne l'envoi en mission des douze, chez Marc (Mc 6,7-13): "Il appela ses douze disciples et se mit à les envoyer deux par deux. Il leur donna le pouvoir de soumettre les esprits mauvais et leur fit ces recommandations: "Ne prenez rien avec vous pour le voyage, sauf un bâton; ne prenez pas de pain, ni de sac, ni d'argent dans votre poche. Mettez des sandales, mais n'emportez pas deux chemises." Bon, par le temps qu'il fait, on va peut-être se permettre de prendre des bottes en plus des sandales... et un pull ou deux... Déjà qu'on part à cinq et pas à deux, on n'est plus trop à ça près... Sérieusement, ça ne m'avait jamais frappé à ce point, ce "deux par deux". On ne part pas tout seul. Le compagnonage est nécessaire et fructueux sur ces chemins. On n'est pas chrétien tout seul, isolé dans son coin, confronté à une tâche impossible : ça peut se vivre joyeusement, ou gravement, mais toujours dans le temps et le chemin partagé, dans les mots qui s'échangent en marchant. On est appelé à bouger tout le temps, avec quelqu'un d'autre sur qui on puisse compter. Ca, depuis l'an dernier, on en est bien conscient à EoT. D'ailleurs ça continue à nous pousser en avant cette année. A la veille de se retrouver dans l'Est, chacun attend les retrouvailles avec joie. 
Notons d'ailleurs qu'au fur et à mesure du déroulement de l'évangile de Marc, les disciples deviennent de plus en plus idiots et comprennent de moins en moins ce qui se passe. Ce n'est pas très glorieux d'être disciple, en tout cas chez Marc. Alors il vaut mieux pouvoir s'appuyer les uns sur les autres pour partager le peu de jugeotte qu'on a... 
(Mc 6,10-13): "Il leur dit encore: "Quand vous arriverez quelque part, restez dans la maison où l'on vous invitera jusqu'au moment où vous quitterez l'endroit. Si les habitants d'une localité refusent de vous accueillir ou de vous écouter, partez de là et secouez la poussière de vos pieds: ce sera un avertissement pour eux." Les disciples s'en allèrent dont proclamer à tous qu'il fallait changer de comportement. Ils chassaient beaucoup d'esprits mauvais et guérissaient de nombreux malades après leur avoir versé quelques gouttes d'huile sur la tête."
Pas d'obligation de résultat... ce ne sont pas les disciples qui convertissent, d'ailleurs il ne s'agit pas de conversion ici mais simplement d'annonce, de témoignage. C'est Dieu qui convertit les coeurs ! Faire ce qu'on a à faire, tranquillement, sans se soucier de "gagner" des âmes, parce que ça ne nous revient tout simplement pas de le faire... voilà qui est réconfortant. Un peu moins réconfortant peut-être cette perspective de chasser des esprits mauvais... comme toute lecture naïve, elle ferait peur. Mais si l'on considère que les esprits mauvais sont tout ce qui aliène nos contemporains, tout ce qui les enferme, dans la peur, l'impossibilité d'être soi, ce qui les éparpille à tous les vents, alors on peut "actualiser" cette lecture. On peut interpréter autrement ce que signifient aujourd'hui chasser des esprits mauvais. Et ça va, dans ce passage, avec la description toute simple de ce que font les disciples : ils appellent à un changement de comportement, et ils guérissent. Enfin quand je dis toute simple...
Dès demain soir, l'équipe presque au complet (Benji, Eloïse, Rémi, Pascale et Sam, il ne manquera que Nicolas qui arrivera deux jours plus tard) à Toul va sans doute cogiter ferme. 
Et comme d'habitude, bien sûr, on vous tiendra au courant des développements de cette affaire. Ca promet, comme toujours, d'être palpitant. Non ?

jeudi 12 juillet 2012

J-5


Un article dans Paroles Protestantes à propos du projet ERF on Tour !
On y trouve notamment le programme :  
du 16 au 22 juillet à Toul, Verdun et Nancy.
et du 23 au 29 juillet à Chaumont.
On fait chauffer nos sacs à dos, remplis d'idées innovantes et de bonne humeur,
heureux d'avoir à vivre cette année une nouvelle aventure !
A très bientôt !

dimanche 27 mai 2012

Un chemin qui appelle


"Si   vous   allumez   Canal   Plus   et   que   vous   n’avez   pas   de   décodeur, le signal est brouillé, inaudible et invisible. Trop souvent   et   sans   forcément   s’en   rendre   compte,   les   protestants   que   nous   sommes   se   contentent   d’un   message   codé, accessible aux seuls abonnés. La parrhèsia,  c’est  Canal   Plus  en  clair.  C’est  renoncer  à  l’étroitesse du club et sortir à découvert.  C’est  faire  confiance  au  Seigneur  puisque  c’est  lui   qui  nous  envoie.  C’est  oser  parler  et  agir,  car  nous  semons  et   Dieu   fait   croître.   C’est   renoncer   à   l’esprit   de   timidité   pour   explorer  les  chemins  ouverts  par  l’esprit de liberté. Etre   attestataires   sans   être   identitaires,   ce   n’est   pas   se   mettre  en  avant,  c’est  mettre  Christ  en  avant.  Et  c’est  le  faire  à   notre   manière,   avec   la   liberté   d’assumer   ce   que   nous   sommes. Non pas pour nous mettre en avant, encore une fois, mais parce que nous croyons que Christ fait confiance aussi à ce que nous sommes pour témoigner de qui il est. "

Le texte qui précède est extrait du "Message des présidents au synode" : le synode dont il s'agit c'est celui de Belfort, qui vient d'avoir lieu et où l'Eglise protestante unie de France a été portée sur les fonts baptismaux ; les présidents, ce sont ceux des deux Eglises qui se sont unies à cette occasion : l'Eglise réformée de France et l'Eglise évangélique luthérienne de France. Un baptême plus un mariage le même jour, il y avait vraiment de quoi se réjouir ! 
Mais au fait, la parrhèsia, c'est quoi ? c'est un "gros mot" de théologien, d'accord, mais pas seulement. C'est le terme grec qui, dans le Nouveau Testament, désigne la façon de partager la parole de Dieu, ouvertement, publiquement, franchement, avec confiance et joie, sans se cacher, c'est-à-dire "en clair" pour reprendre la métaphore. Et voilà bien ce qui nous fait turbiner du ciboulot depuis des mois dans d'équipe d'ERF on Tour : comment parler franchement de notre foi ? Comment faire ce fameux premier pas qui mène de la foi pour soi à la foi partagée, dite ? Ca ne se passe que dans une rencontre, on est d'accord. Dans la pleine confiance en Dieu qui veut que sa parole passe par une parole humaine. D'accord. Mais après ? 
Et en bon petits protestants, on n'est pas très à l'aise avec la question qui se pose tout naturellement : "mais on fait quoi ?". Ah ben c'est que les oeuvres, par chez nous... Ah oui mais il y a quand même l'impératif du témoignage... Ah ben on est un peu coincés alors... 
Mais voilà : on n'est pas les premiers à y penser. En fait, toute l'Eglise depuis ses débuts ne fait que penser à ça, et le faire. Sinon, s'il n'y avait pas de témoins, non seulement l'Eglise n'aurait pas de raison d'être mais elle s'évanouirait assez vite dans la non-existence... Déjà qu'on a peur qu'elle se contente de faire partie des meubles et qu'elle se ratatine à se regarder le nombril... Alors voilà : on est l'Eglise et on doit témoigner, ça n'est pas plus compliqué que ça. 
Dans la suite du texte des deux présidents de nos Eglises se trouve l'évocation de l'horizon 2017 : les 500 ans de l'affichage par Luther de ses 95 thèses sur la porte du château de Wittenberg, c'est-à-dire, puisqu'il faut bien retenir une date qui fasse date, le début de la Réforme protestante. En 2017, qu'est-ce qu'on fêtera ? un événement identitaire ? ou une date qui a fait date dans la proclamation de la parole de Dieu, qui a renouvelé l'élan de l'Eglise tout entière ? C'est ensuite que le texte biblique a été largement diffusé, que le sola scriptura s'est imposé pour la lecture croyante de la Bible, que le sacerdoce universel est devenu une évidence... et nous sommes héritiers de cet élan.
Notre réflexion depuis plusieurs mois tourne bien autour de ces fameuses thèses que, nous, aujourd'hui, nous pourrions placarder à notre tour, à notre façon. Qu'est donc cet Evangile que nous voulons défendre ? Quel est cet Evangile que nous voulons dire au monde, parce que le monde crève de ne pas le recevoir ? Quel est cet Evangile qui nous fait vivre, libres, joyeux, confiants ? Quel est cet Evangile qui, un jour, a été parole de vie pour nous, personnellement, et que nous pouvons partager communautairement ? 
Voilà où nous en sommes.
Nous sommes moins préoccupés que l'an dernier des actes à poser, des animations à faire, des tentes qu'il faut penser à emmener... tout ça fait toujours partie de l'aventure bien sûr. Mais surtout, nous avons pris conscience que cet élan missionnaire qui nous est demandé, il ne peut venir que de nous, de ce lieu de vérité où nous pouvons dire "voilà ce qu'est l'Evangile pour nous, pour moi". Ca se mettra à l'épreuve de la réalité... ça se met déjà à l'épreuve de la réalité.
Il y a trois semaines, nous avons rencontré le pasteur Eric Perrier et sa femme ; retrouvailles pour certains, découverte et rencontre pour les autres ! Et là encore nous avons parlé, beaucoup, de nous-mêmes, de notre aventure, de là où elle nous avait mené et de là où elle allait. Eux sont "sur le terrain", avec l'Equipe pastorale missionnaire (EPM) et nous ont beaucoup parlé d'eux-mêmes, de leur joie dans ce travail, des écueils aussi parfois, des rencontres. Maintenant, avec ces deux équipes-là, il va falloir cet été vivre ensemble un bout de chemin à la lumière de ce fameux Evangile que nous voulons partager. Manière de découvrir comment l'autre s'y prendrait, d'entendre les bonheurs de cette transmission, les incidents de parcours, et surtout d'imaginer ensemble du neuf. On a pensé à plein de choses, certains déjà connues de nous (soirée débat-conférence, soirée contes bibliques, soirée film, rencontres avec d'autres structures ecclésiales...) et d'autres non. Aller à la rencontre des gens dans la rue en leur proposant un café par exemple, on trouve ça chouette ! et en même temps on hésite, on n'a jamais fait, peur du regard de l'autre, de l'incompréhension toujours possible... Et oui, ce n'est pas facile de faire ce fameux premier pas. Clairement, ouvertement, franchement, joyeusement.
Mais on y va. C'est déjà de l'Evangile en soi, ça, et une sacrée promesse : "Allez, on y va !"
Quel beau chemin !

mardi 10 avril 2012

Pour que tu vives

Cette fois, ça y est. On en a parlé. Vraiment. Ca aurait pu finir façon "ils en ont parlé" mais non, on en a vraiment parlé, on a même convenu de continuer à en parler. De l'évangélisation. 
Ca fait quand même un an et des miettes de kairos que ça nous travaille, cette question. Du "berk non pas pour moi, je n'ose pas" à l'idée du témoignage, du débat sur les moyens que l'on se donne alors que ce qui revient toujours par la porte étroite c'est le contenu du message, de l'envie d'y aller mais aussi du risque à prendre... on a abordé le sujet par bien des angles différents, avec passion et beaucoup de rires, aussi, au final. Ce qui a fait que notre réunion de vendredi dernier était différente des autres, difficile à dire. Ca tenait sans doute au fait que deux nouveaux sont arrivés dans l'équipe, Nicolas et Rémi, et que leur simple présence et leurs mots nouveaux dans notre débat en cours ont permis de déplacer les lignes. Ca tient aussi à un de ces petits accidents du destin qui font croire que quelqu'un, quelque part, s'amuse bien en nous voyant débattre ainsi. Et ne nous laisse pas tomber le jour où, vraiment, on parle. Car c'est bien de parole vraie qu'il est question au fond.
Un de nos professeurs, à qui un étudiant avait apparemment posé un lapin (en chocolat, sûrement), a dirigé ses pas innocents vers la salle de l'Amicale où se tenait notre réunion, a pris un carré de chocolat, s'est assis sans façons comme il sait le faire, et a répondu à la question lancée à la volée par Benji : "Pourquoi faut-il évangéliser ?"
Alors c'est simple. Parce que c'est un impératif. Malheur à moi si je n'évangélise pas, dit Paul. Pour en sauver de toute manière quelques-uns, dit-il aussi. Cette radicalité que nous aimerions mieux glisser discrètement sous le tapis, c'est peut-être là, alors, que se joue l'évangélisation ? Oui : et s'il y a urgence, c'est parce que ce que nous avons à donner, c'est la parole de libération face aux idoles de ce monde, toutes les idoles qui nous font prisonniers. La colère, le jugement, voilà ce qui s'abat sur ce monde à moins d'ouvrir les yeux. Regardez, vous êtes aveugles ! voilà la parole, terrible en somme, que nous avons à porter. 
Pourquoi c'est si difficile ? c'est que l'Evangile est une parole dure, insupportable, pour qui vit dans le monde, or nous y vivons bien tous. Mais de façon décalée, jamais satisfaite, comme des "impénitents dissidents" (Ellul), suivant à la trace l'Ecriture qui ne se satisfait jamais d'aucun des dieux de ce monde, toujours à rebrousse-poil. Le monde est aveugle et ce qui vient est à la fois une parole de jugement et une parole de salut. Une colère et une grâce. « Vous êtes jugés, c’est votre salut, c’est votre chance. Tant que vous pensez que vous n’êtes pas condamnables vous êtes perdus. Tant que tu te crois innocent tu es coupable, quand tu te sens coupable tu deviens sauvé. » C'est sûr, on n'aime pas entendre ça... et pourtant, ça résonne curieusement, ça fait même un effet de vie incroyable, d'entendre ça. 
Déjà, l'entendre pour nous-mêmes, ça bouscule, ça remet en question nos façons, religieuses, de nous voir dans le monde, face au monde. Transposer ce qui se dit là en langage non religieux, ce serait alors trouver des mots pour dire que l'Evangile, c'est ce qui est force de vie dans tout ce que ça a d'insupportable. L’évangile c’est emmerdant, ça t’emmerde la vie. Mais quand tu y as touché, quand tu as ouvert les yeux tu ne peux plus les fermer, même en disant "si j’avais su"... Ca éprouve constamment. C’est ça qui fait vivre, c’est d’être mis à l’épreuve.
C'est ce témoignage-là qui peut résonner pour l'autre. Ce qui fait épreuve dans nos vies, là où l'Evangile met à l'épreuve nos croyances et nos conforts. Cette faille, cette brèche, c'est là que la vraie vie résonne. Et c'est ça qu'il faut pouvoir dire...
A vrai dire, on n'a pas tout compris. On s'est promis de mettre nos mots dessus, pour tenter de faire résonner autrement la question qui ne cesse pourtant bien de nous travailler. La tentation ce serait de s'arranger avec la radicalité. Mais je crois bien que les lignes bougent, elles bougent de toute façon depuis le début de cette aventure. Chacun à notre façon, dans cette aventure qui pourrait sembler un peu futile et marrante, nous mettons à l'épreuve de l'Evangile ce que nous croyons bon. Et la plupart du temps, on peut en témoigner, ce que nous croyons se trouve déplacé, un pas devant, et on n'a plus que ce pas à faire pour le rattraper, et ça continue à avancer comme ça.
Pas clair tout ça ? C'te blague ! Si vous, vous y comprenez quelque chose, faites-nous signe. Ca s'appelle faire de la théologie. C'est passionnant. En un sens, c'est vital.
Prochaine réunion le 5 mai avec une partie de l'équipe qui va nous accueillir à Chaumont. D'ici là, l'aventure continue !
 

lundi 12 mars 2012

Oui : les colombes existent !


Le mot d'ordre semblait être clair : Cogitum. 

"Nous réfléchissons à ERF on Tour donc nous sommes."

En ce Samedi printanier, il y avait une traductrice-théologienne-tourterelle, un master-blond-vert-jaune-rouge, un hipster colombidé à lunette, un professionnel du jeu de mot et une adolescente de la foi. (Comprenez : Pascale, Rémi, Benjamin, Nicolas et Eloïse). Après un habituel échange de croissants et de nouvelles, (alors Benji, il pleut pas trop à Paris? Hé Rémi, tu viens avec nous alors ? Et il est où notre Simon ?! Que fait Nicolas, il s'est pas réveillé ? Eloïse voulait aller dans une boulangerie bio, comme d'hab...et Pascale, raconte-nous les dernières blagues de Samuel !) nous nous sommes littéralement plongés dans l'écoute du compte-rendu de la réunion téléphonique entre Eric Perrier, sa femme, et Benji.

Le but de l'Equipe Pastorale Missionnaire est "d'annoncer le Christ" et non de "faire des protestants".
Ca questionne : alors quoi, nous on est qui d'abord ? Des protestants ? Des étudiants en théologie ? Des Chrétiens ? Un peu les trois à la fois.
Une chose est sûre, c'est que c'est trois choses qui nous caractérisent, on va sûrement devoir jongler avec, du 16 au 30 juillet 2012 à Chaumont (et ses alentours). Pour les "vieux" de l'année précédente, c'est un changement : nous ne nous rendons pas cette année dans une paroisse, avec un petit cadre ecclésial confortable. Cela nous amène à réfléchir autrement notre présence.

Cri de détresse, c'est Benjamin. Il nous montre sa blessure de guerre : une énoooorme déchirure au doigt à cause d'une ampoule. Je me suis coupé avec une ampoule, y avait du sang partout, qu'il a dit. Cette facheuse aventure nous a permis de bien nous moquer de lui le consoler, et de continuer notre discussion sur des choses d'ordre pratique. Repas, Camping, Tentes, Matériel d'animation.

Tiens, animation. Nous y voilà. Il semblerait que cette année nous aurons un double rôle : celui d'observer et de s'initier à l'évangélisation, et puis d'apporter notre petit bagage.

A Chaumont, l'été, ce qui fait vibrer les bubbles de la vie c'est "Chaumont-plage". On doit pouvoir trouver notre place là-dedans de temps à autre (en tant que Touriens, et pas en tant que Touristes !). On risque aussi de passer voir du côté du quartier de la Rougeote pour voir ce qui pourrait se discuter. Il y a le marché, un stand pour parler des Cultes-Café-Croissants, et ces "CCC" en vrai. Il y a la nature, dans laquel une balade Walk & Pray large public pourrait bien se profiler, avec des textes à lire, à méditer. Et sketchs sur la foi, des films débats, des ateliers contes bibliques...

Dans l'équipe, on était tous d'accord : c'qu'on veux c'est partager une tranche de vie ! Mais, mince, on est toujours un peu mal à l'aise avec l'évangélisation : on veut pas être maladroit, ni être prosélyte, on voudrait témoigner -mais en mieux. On aimerait bien rejoindre les gens là où ils sont. L'écoute active aussi. Et un message à délivrer à tous les hommes : choisis la vie !